On ne corrige pas une injustice en créant des torts

Lettre ouverte - bilinguisme des juges à la Cour suprême

Le débat sur le bilinguisme des juges à la Cour suprême a pris une tournure complètement inattendue cette semaine.  Alors que plusieurs continuent de regretter que les libéraux de Monsieur Trudeau aient voté contre mon projet de loi C-203 sur la compréhension des deux langues officielles par les juges à la Cour suprême sans l’aide d’un interprète, mon collègue Roméo Saganash (Abitibi—Baie-James—Nunavik—Eeyou)lance un débat fort pertinent sur la place des langues autochtones parlées au pays.

On ne peut contester les injustices qu’ont subies et que continuent de subir les premières nations. Ainsi, Roméo Saganash a raison sur le fait que nous devons collectivement questionner la place des langues autochtones au sein des langues officielles et il peut me compter comme un allié.

Par contre, ce débat ne doit pas occulter l’affaiblissement des libéraux sur la défense des langues officielles. En votant contre le projet de loi C-203, les libéraux de Justin Trudeau ont raté une belle occasion d’améliorer l’accès à la justice au sein du plus haut tribunal du pays.

Comme l’a affirmé Yvon Godin, fondateur de la loi sur le bilinguisme des juges à la Cour suprême : « De voir que je me suis battu depuis 2008 sur cette question, un dossier qui allait défendre les Acadiens aussi bien que n’importe quel francophone minoritaire au Canada, et que Serge Cormier (Acadie — Bathurst) choisit de voter contre, c’est aberrant, inacceptable ». Il est à noter que les libéraux ont voté en faveur de ce même projet de loi à trois reprises dans le passé, en 2008, 2010 et 2014. 

De surcroît, un collectif de 9 universitaires a récemment écrit une lettre ouverte et pose la question sur l’absence de défenseurs des langues officielles au sein du gouvernement libéral.  « Que se passe-t-il au sein du PLC pour qu’on rejette un projet de loi si important pour la progression de l’égalité du français et de l’anglais au pays?  De toute évidence, l’influence des députés francophones au sein du parti est faible, pour peu que le bilinguisme leur tienne à cœur », conclut le collectif.

Certes, Roméo Saganash pose une question légitime à propos de la place des langues autochtones au sein de la Loi sur les langues officielles. Toutefois, nous ne devons pas perdre de vue notre objectif de rendre la Cour suprême plus accessible. La promotion d’une langue renforce les autres, voilà une formule gagnante. 

François Choquette

Député de Drummond, porte-parole du NPD en matière de langues officielles